Une buse classique atomise avec la pression du liquide : c’est elle qui fabrique les gouttes, et pour des gouttes fines il faut beaucoup de pression. Une buse bi-fluide procède autrement — elle fait le travail avec de l’air comprimé, ce qui la rend capable de descendre très bas en taille de goutte à des pressions de liquide modestes. La gamme Swirl-Air™ de Delavan appartient à cette seconde catégorie. Cette page explique ce qu’elle change concrètement, quand elle s’impose, et — ce qui compte tout autant — quand elle ne s’impose pas.
Le mur que la pression seule ne franchit pas
Dans une buse à pression, la finesse des gouttes dépend de la vitesse à laquelle le liquide sort de l’orifice, donc de la pression. Pour descendre sous la centaine de microns, il faut monter très haut en pression — avec tout ce que cela entraîne : pompe plus puissante, tuyauterie renforcée, usure accélérée de l’orifice, et un débit qui augmente en même temps que la pression alors qu’on ne voulait peut-être pas plus de débit.
La buse bi-fluide découple ces deux paramètres. L’énergie d’atomisation n’est plus prise sur le liquide mais sur un gaz auxiliaire — air comprimé le plus souvent, vapeur parfois. Le liquide n’a plus qu’à arriver ; c’est l’air qui le déchire. On obtient donc des gouttes fines à basse pression de liquide, et on règle la finesse indépendamment du débit.
La Swirl-Air pousse ce principe assez loin : elle atteint des diamètres moyens de gouttes de 50 à 100 microns avec de faibles pressions et de faibles débits d’air. C’est un ordre de grandeur qu’une buse hydraulique n’atteint qu’au prix de pressions très élevées.
Ce qui se passe à l’intérieur — et pourquoi la forme compte
La Swirl-Air vient de la technologie aéronautique : elle a été développée au sein de la division Turbines à gaz de Delavan, d’abord pour le refroidissement par évaporation, le séchage par atomisation et la combustion. Son dessin interne enchaîne quatre étapes, et chacune ajoute quelque chose :
- Mise en rotation et mélange. Le liquide entre axialement ; l’air — ou le gaz, ou la vapeur — est injecté tangentiellement dans la chambre de mélange. Le liquide se met à tourner.
- Impact primaire. Le liquide vient frapper le plateau central. L’interaction entre gaz et liquide crée une turbulence extrême dans la chambre.
- Cisaillement. Le liquide en rotation cherche la sortie, frappe les parois et le plateau distributeur, puis traverse un orifice en forme de venturi où il subit des forces de cisaillement très élevées.
- Atomisation secondaire. Le jet vient enfin percuter une bague déflectrice circulaire, qui joue un double rôle : elle brise une seconde fois les gouttes, et elle fixe précisément l’angle du jet.
Un détail de construction mérite d’être souligné, parce qu’il se voit sur le jet : cette bague est maintenue par un cône issu du plateau distributeur, et non par des entretoises extérieures. La plupart des buses bi-fluides utilisent des pattes ou des bras qui traversent le jet — et laissent des ombres, donc une répartition irrégulière. Ici, rien ne traverse le jet.
Les caractéristiques, et ce qu’elles autorisent
| Type de jet | cône creux |
| Débits | 0,2 à 40 GPM (environ 0,8 à 150 L/min) — huit tailles couvrant de 1 à 2 400 GPH |
| Angles nominaux | 50°, 75° et 100° par chapeaux interchangeables ; 30° à 120° selon les versions ; 25° à 160° sur demande |
| Taille de goutte | 50 à 100 microns de diamètre moyen, à basse pression et faible débit d’air |
| Matières standard | inox 316L et 310, acier 440 |
| Matières spéciales | Hastelloy C276, Inconel 600, titane |
Quatre propriétés en découlent, et ce sont elles qui font choisir cette gamme :
- De larges passages internes. La buse accepte des particules grossières sans se boucher — ce qui la distingue nettement des buses fines à pression, dont l’orifice minuscule est le point faible.
- Une faible consommation d’air. Les besoins en air et en puissance sont relativement bas, ce qui permet de dimensionner un compresseur plus petit. Sur une installation neuve, c’est un poste d’investissement en moins.
- Une bonne atomisation sur une large plage de modulation. La qualité tient quand on fait varier le débit, là où beaucoup de buses n’ont qu’un point de fonctionnement correct.
- Un changement d’angle sans changer de buse. Les chapeaux sont interchangeables, et l’ensemble bague + chapeau se démonte sans toucher aux raccords de tuyauterie. En maintenance, c’est du temps d’arrêt en moins.
⭐ La propriété qui économise une boucle de régulation entière
C’est le point le moins connu de cette gamme, et le plus intéressant en exploitation.
Sur une installation bi-fluide classique, moduler le débit de liquide oblige à moduler l’air en conséquence — faute de quoi le rapport air/liquide se dégrade et l’atomisation avec lui. Cela suppose une vanne d’air pilotée, un régulateur, une boucle de contrôle : du matériel, du câblage, et un organe de plus à régler et à entretenir.
Avec la Swirl-Air, si la pression d’air est réglée une fois au départ et que l’on fait ensuite varier le débit de liquide, la pression différentielle d’air et le débit d’air s’ajustent d’eux-mêmes, de telle sorte que la qualité d’atomisation reste à peu près constante. Dans certaines applications, cela permet de supprimer purement et simplement la vanne d’air et sa régulation.
Et lorsqu’on veut au contraire agir sur la finesse, le levier est simple : le rapport volumétrique air/liquide. De petites variations de pression d’air suffisent à déplacer la taille de goutte.
Deux configurations de montage, et comment on choisit
Version à angle droit
L’air d’atomisation entre sur le côté, le liquide arrive axialement par l’arrière. C’est la configuration la plus directe : deux raccords distincts, faciles à réaliser sur une installation existante. Elle existe aussi en version à entrée concentrique, qui combine l’encombrement d’un raccord unique avec une sortie à angle droit.
→ Buse Swirl-Air™ — angle droit
Version en ligne
Une tuyauterie concentrique amène le liquide au centre et l’air autour. Tout arrive par un seul axe : c’est la configuration des lances qui doivent pénétrer dans un conduit, une gaine ou un four, où l’on ne peut pas se permettre un piquage latéral. ⚠ Les ensembles adaptateurs concentriques sont en option et ne sont pas fournis avec la buse : c’est le point que l’on oublie le plus souvent à la commande.
→ Buse Swirl-Air™ — concentrique en ligne
Version chemisée carbure
Quand le liquide est abrasif — boues, suspensions, charges minérales — c’est l’orifice qui s’use, et son usure fait dériver le débit et l’angle. La version à chemise carbure protège la zone la plus exposée et allonge nettement l’intervalle de remplacement.
→ Buse Swirl-Air™ — revêtement carbure en ligne
Travailler à la vapeur plutôt qu’à l’air
Sur beaucoup de sites industriels, la vapeur est déjà disponible là où l’air comprimé manque. La Swirl-Air accepte la vapeur sèche comme fluide d’atomisation — avec une règle de dimensionnement à connaître :
La pression de vapeur doit être environ quatre fois la pression d’air pour obtenir les mêmes caractéristiques de pulvérisation. Une installation qui fonctionnerait à 2 bar d’air demande donc de l’ordre de 8 bar de vapeur. C’est le calcul qui décide si l’option est réaliste avec le réseau existant — et il vaut mieux le faire avant la commande qu’après le montage.
Un cas concret : refroidir un gaz par évaporation
Le refroidissement évaporatif est l’une des applications d’origine de cette gamme, et elle illustre bien le principe : on injecte de l’eau finement atomisée dans un flux de gaz chaud ; l’eau s’évapore ; l’évaporation prélève la chaleur. Les gouttes doivent être assez fines pour s’évaporer complètement avant d’atteindre une paroi — sinon on mouille le conduit au lieu de le refroidir.
La documentation Delavan fournit un abaque qui donne directement le débit d’eau nécessaire. Exemple lu sur cet abaque : pour refroidir un gaz sec entrant à 1 700 °F (environ 927 °C) jusqu’à 800 °F (environ 427 °C), il faut injecter 0,32 gallon US par minute — soit environ 1,2 L/min — par 1 000 pieds cubes par minute de gaz entrant, c’est-à-dire environ 1 700 m³/h.
Le calcul se fait donc en deux temps : l’abaque donne le débit total à injecter, puis le nombre de buses et leur taille se déduisent du débit unitaire et de la géométrie du conduit — car la répartition compte autant que la quantité.
Où on les retrouve en service
La gamme couvre un éventail d’applications inhabituellement large, parce que « gouttes fines à basse pression » est un besoin commun à beaucoup de procédés :
- Traitement des gaz — refroidissement et conditionnement de gaz, lavage de fumées, désurchauffe de vapeur, pulvérisations d’incinérateur, injection SNCR pour la réduction des oxydes d’azote, traitement d’acides usés.
- Ambiance et procédé — humidification, contrôle d’humidité de four, régulation de température de four, suppression de poussière, contrôle des odeurs.
- Agroalimentaire — assainissement et fumigation par pulvérisation des zones de production, séchage par atomisation.
- Transformation — revêtement, refroidissement de moules.
- Autres — protection incendie en faible volume et haute pression, et jusqu’aux effets spéciaux (production de brouillard sur les plateaux de tournage).
Delavan ne fournit d’ailleurs pas seulement la buse : des lances complètes peuvent être étudiées et fabriquées autour — refroidies ou chauffées, avec brides de montage spéciales, systèmes de bypass ou de purge selon les standards de chaque industrie.
Quand une buse à air n’est PAS le bon choix
Le dire fait partie du conseil. Une buse bi-fluide n’est pas un progrès en soi : c’est un compromis, et il ne se justifie pas partout.
- Si vous n’avez pas d’air comprimé, il faut compter l’investissement et la consommation d’un compresseur. Sur une installation simple, une buse à pression peut rester moins chère sur toute sa durée de vie.
- Si vous cherchez de l’impact — nettoyer, décoller, décaper — la finesse joue contre vous : les petites gouttes n’ont pas d’énergie à transmettre. C’est le cas du nettoyage en place, où l’on recherche au contraire de grosses gouttes.
- Si des gouttes de 200 à 400 microns suffisent, une buse à pression bien choisie les produira sans second fluide, sans compresseur et avec un raccord unique.
- Si l’encombrement est très contraint, deux arrivées de fluide demandent plus de place qu’une.
Questions fréquentes
Comment régler la taille des gouttes ?
Par le rapport volumétrique air/liquide. Plus d’air pour un même débit de liquide donne des gouttes plus fines. En pratique, on règle la pression d’air une fois, et l’on vérifie le résultat sur le procédé : de petites variations de pression d’air suffisent à déplacer sensiblement la taille moyenne.
Le jet s’est déformé et le débit a augmenté. Que s’est-il passé ?
C’est la signature d’une usure de l’orifice, fréquente avec les liquides chargés. Le passage s’agrandit : le débit monte, la vitesse de sortie baisse, l’atomisation se dégrade. Le chapeau et la bague déflectrice se démontent sans toucher à la tuyauterie ; si l’usure est récurrente, la version à chemise carbure est la réponse.
Peut-on obtenir un angle qui n’est pas au catalogue ?
Oui. Les chapeaux standard donnent 50°, 75° et 100°, et des angles de 25° à 160° sont réalisables sur demande. C’est un changement de chapeau, pas de buse : la même installation peut donc évoluer.
Et pour un liquide corrosif ?
Au-delà du 316L standard, la gamme existe en Hastelloy C276, Inconel 600 et titane. Le choix se fait sur le couple fluide/température, et il vaut mieux l’arbitrer avec nous : une nuance surdimensionnée coûte cher, une nuance insuffisante coûte une ligne de production.
Pour aller plus loin
- Toute la gamme Swirl-Air™ — les quatre configurations disponibles.
- Fiches techniques — la brochure Swirl-Air complète : tableaux de dimensionnement, dimensions, filetages et références de chapeaux.
- Conception sur mesure — lances refroidies ou chauffées, brides spéciales, systèmes de bypass et de purge.
- Nous contacter — pour dimensionner, réunissez : le liquide et sa charge en particules, le débit visé, la taille de goutte recherchée, la pression d’air (ou de vapeur) disponible, la température de service et l’encombrement au point d’injection.







